Les constructeurs automobiles cherchent à profiter de l'essor du secteur de la défense

Par Reuters News

par Nick Carey, Gilles Guillaume et Kalea Hall

- Les constructeurs automobiles européens et américains cherchent à profiter de l'essor des dépenses dans le secteur de la défense pour vendre davantage de véhicules et exploiter le potentiel de leurs usines sous-utilisées, même si leurs dirigeants affirment que les activités militaires ne compenseront pas le ralentissement des ventes automobiles et la concurrence croissante de la Chine.

Certains constructeurs automobiles - dont Ford F.N , General Motors GM.N Jaguar Land Rover - cherchent à remporter des contrats militaires en proposant des versions modifiées des pick-ups et des véhicules tout-terrain qu'ils produisent déjà. D'autres vendent des usines sous-utilisées à des fabricants du secteur de la défense qui cherchent à accroître leurs capacités.

Le secteur automobile profite de la hausse des dépenses de défense, mais des dirigeants d'entreprises et des analystes ont dit à Reuters que les possibilités d'accroître sensiblement les revenus restent limitées.

"En réalité, toutes ces opportunités auront très peu d'impact financier", a déclaré Vanessa Jeffriess, analyste chez Jefferies, ajoutant que les constructeurs automobiles sont confrontés à un ralentissement de la demande et à une concurrence accrue de la part de leurs rivaux chinois, ce qui les oblige au moins à montrer aux investisseurs qu'ils essaient de se diversifier.

GM, le plus grand constructeur automobile américain, prévoit un chiffre d'affaires de 700 millions de dollars pour sa division défense cette année et estime qu'elle connaîtra une croissance annuelle de 30% pendant plusieurs années. L'entreprise anticipe qu'en 2029, cette division générera un chiffre d'affaires d'environ 1,5 milliard de dollars, ce qui représenterait toutefois moins de 1% du chiffre d'affaires total du groupe.

Les constructeurs automobiles américains et européens perdent des parts de marché en Chine au profit de concurrents locaux comme BYD. 002594.SZ et Geely GEELY.UL, tandis que les marques chinoises se développent rapidement en Europe et sur les marchés émergents pour compenser la faible demande intérieure, ce qui comprime les marges bénéficiaires et laisse les fabricants locaux avec des capacités excédentaires.

La plupart des grands constructeurs ont abandonné les contrats militaires il y a des décennies, mais alors que les gouvernements en Europe et en Amérique du Nord augmentent leurs dépenses militaires, la défense est devenue l'un des rares secteurs de croissance pour l'industrie automobile.

DES VÉHICULES DÉJÀ EN PRODUCTION

Les analystes estiment que les opportunités les plus réalistes résident dans les actifs que possèdent déjà les constructeurs automobiles.

Jim Baumbick, directeur de Ford Europe, a déclaré que la fourniture de véhicules à l'armée correspondait aux atouts existants de l'entreprise, à savoir la fourniture de "véhicules robustes à charge utile élevée".

Ford, GM et le britannique JLR font partie des entreprises candidates à un contrat de 900 millions de livres sterling du ministère britannique de la Défense, portant initialement sur 3.000 véhicules, utilisant des versions modifiées de camions et de véhicules tout-terrain qu'elles fabriquent déjà.

Ford participe à l'appel d'offres avec son pick-up Ranger, tandis que deux des modèles proposés par GM sont des pick-ups Chevrolet Silverado modifiés pour un usage militaire britannique par ses partenaires locaux BAE Systems et NP Aerospace. JLR, filiale du constructeur indien Tata Motors TAMO.NS, propose quant à lui son modèle tout-terrain Defender.

Tous ces constructeurs font le pari que des décennies d'ingénierie, d'échelle de production et de chaînes d'approvisionnement mondiales peuvent leur donner un avantage sur les entreprises spécialisées dans la défense.

"Ce sont des camions tellement performants dès le départ, ce n'est pas une tâche difficile", a déclaré Gilbert Nelson, vice-président des ventes et du marketing international chez GM Defense, faisant référence aux modifications nécessaires à apporter au véhicules pour un usage militaire.

Mark Cameron, directeur général de JLR Amérique du Nord et ancien responsable de la marque Defender, a déclaré que le constructeur automobile avait également eu des discussions "avec de nombreux pays en Europe et au-delà" au sujet d'appels d'offres similaires prévus dans les 12 à 18 prochains mois.

Il a déclaré que l'utilisation d'un véhicule que JLR fabrique déjà à grande échelle était "stratégiquement précieuse", même si l'entreprise n'en était pas dépendante.

TROUVER DES ACHETEURS POUR LES USINES

Une autre perspective intéressante pour l'industrie automobile est la possibilité de céder ses capacités de production excédentaires à des entreprises cherchant à développer leur production dans le secteur de la défense.

Stellantis STLAM.MI prévoit de vendre une usine de ses usines inutilisée du Canada au fabricant de véhicules blindés Roshel, tandis que Volkswagen a annoncé plus tôt ce mois-ci la vente de son usine d'Osnabrück à la société israélienne Aurelius Capital et au Land de Basse-Saxe pour un projet avec Rafael Advanced Defense Systems.

Selon les analystes, les cessions d'usines, plutôt que la diversification de la production, constituent l'un des avantages les plus évidents du boom de la défense.

"On a beaucoup parlé" de la diversification dans la production pour le secteur de la défense, a déclaré Ian Henry, directeur du cabinet de conseil AutoAnalysis. "Mais il n'y a pas eu beaucoup d'actions concrètes."

Les fournisseurs pourraient également tirer profit de la hausse des dépenses de défense. Contrairement aux usines d'assemblage de véhicules, leurs lignes de production plus petites et plus flexibles peuvent souvent être adaptées aux programmes militaires moyennant un investissement limité.

"Les chaînes de montage automobile ne sont tout simplement pas adaptées à la fabrication de composants", car elles sont trop grandes, a indiqué Ian Henry.

Pour les équipementiers, le secteur de la défense "apporte de la croissance que le marché automobile n'apporte pas", a dit en juillet Christophe Perillat, directeur général du spécialiste français des aides à la conduite Valeo VLOF.PA, ajoutant que les contrats militaires offraient également des marges bénéficiaires plus élevées que le secteur automobile traditionnel.

Le directeur financier du fabricant de sièges de voitures Forvia FRVIA.PA, Olivier Durand, a indiqué que l'entreprise utilisait sa capacité de production existante pour explorer les opportunités militaires.

"On va regarder étape par étape, l'objectif est de pouvoir utiliser nos capacités et nos produits, et en fonction des potentialités, cela peut avoir plus ou moins d'importance", a-t-il déclaré cet été. "C'est vraiment le début. Les investissements industriels sont très faibles, puisqu'on utilise des capacités existantes, donc c'est plutôt intéressant."

Selon l'Usine nouvelle, Forvia va assembler des drones intercepteurs pour MBDA et Alta Ares dans une usine française de l'Essonne. L'équipementier a refusé de faire un commentaire.

Forvia a également récemment signé un accord pour transférer une usine en Allemagne et 300 employés au groupe de défense General Dynamics, garantissant un avenir aux salariés et évitant d'importants coûts de restructuration, a expliqué le groupe.

La production de moteurs électriques pour drones confiée à l'usine Valeo de Sainte-Florine (Haute-Loire) permettra également de poursuivre la mue du site depuis les composants pour motorisations thermiques vers des activités axées davantage sur l'électrification.

LES VÉHICULES RESTENT L'ACTIVITÉ PRINCIPALE

Certains constructeurs automobiles investissent davantage dans le secteur de la défense aux Etats-Unis et en France.

Renault RENA.PA prévoit notamment de produire 1.000 drones militaires par mois à partir de l'année prochaine en collaboration avec Thales TCFP.PA, même si les dirigeants du groupe reconnaissent que l'envergure de ce projet reste modeste comparée à ses activités dans le secteur automobile.

Selon Michael Foundoukidis, analyste automobile chez Oddo BHF, Renault produit environ 10.000 véhicules par jour.

JLR, qui produit plus de 100.000 Defenders par an, évite de se diversifier et de concurrencer les entreprises spécialisées.

Selon Mark Cameron, les constructeurs automobiles seraient confrontés à une concurrence redoutable dans des secteurs qu'ils ne maîtrisent pas.

"Notre coeur de métier, ce sont les véhicules", a-t-il dit. "Nous ne voulons pas nous diversifier."

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