Carney, pris dans la guerre commerciale avec les États-Unis, vante les mérites du Canada auprès des géants mondiaux de l'investissement

Par Reuters News

par Nivedita Balu et Promit Mukherjee

- Le Premier ministre canadien Mark Carney accueille lundi à Toronto des dizaines d’investisseurs internationaux, dans l’espoir d’attirer des investissements pour plus de 160 projets qui, selon lui, sont essentiels pour permettre à l’économie canadienne de traverser la guerre commerciale avec les États-Unis.

Parmi les participants confirmés, dont beaucoup proviennent du carnet d’adresses personnel de cet ancien dirigeant de Goldman Sachs et gouverneur de banque centrale, figurent Larry Fink, directeur général de BlackRock BLK.N, et Jon Gray, président de Blackstone BX.N, tous deux originaires des États-Unis, ainsi que Dilhan Pillay, directeur général du fonds singapourien Temasek, et Annette Mosman, directrice générale du fonds de pension néerlandais APG Groep, selon une source proche de l’événement.

Ce sommet, qui se tiendra principalement mardi, sera l’occasion de discussions sur les investissements futurs, même si la concrétisation des principales transactions pourrait prendre entre 12 et 18 mois, a indiqué une source gouvernementale. M. Carney s’est engagé à attirer des investissements d’un montant de 1 000 milliards de dollars canadiens (721 milliards de dollars) au cours des cinq prochaines années, en réduisant les formalités administratives et en développant des projets dans les secteurs minier, énergétique, technologique et des infrastructures.

“Les plus grands investisseurs mondiaux, qui gèrent plus de 120 000 milliards de dollars canadiens d’actifs, viendront “jeter un œil à notre vitrine” car le monde porte désormais un regard différent sur le Canada,” a déclaré M. Carney lors d’une réception de bienvenue dimanche.

Attirer les investissements est essentiel pour permettre à l’économie canadienne de faire face à la hausse des droits de douane imposés par les États-Unis, premier partenaire commercial du Canada. M. Carney s’est efforcé de nouer des relations commerciales avec de nouveaux partenaires au Moyen-Orient et en Asie, et de renforcer l’alliance du Canada avec l’Europe.

M . Carney s'est efforcé de répondre aux préoccupations exprimées par le passé concernant un régime réglementaire fastidieux et chronophage, ainsi que le manque de projets de grande envergure présentant un bon niveau de solvabilité dans le pays.

Lundi, le ministre des Finances François-Philippe Champagne a déclaré que l’administration fiscale fédérale accordera la priorité aux demandes d’avis (link) préalables en matière d’impôt sur le revenu portant sur des investissements d’au moins 1 milliard de dollars canadiens, afin d’aider les investisseurs à obtenir rapidement une décision contraignante sur l’application de la législation fiscale à une opération envisagée avant qu’ils n’engagent des capitaux.


MISE EN RELATION

Le sommet vise à mettre en relation une centaine d’investisseurs internationaux avec des directeurs généraux, des entreprises et des responsables locaux canadiens afin de faciliter les investissements ou les partenariats. Les projets en sont à des stades divers, allant de la phase de conception à celle où ils sont prêts à démarrer, selon une copie du prospectus consultée par Reuters. Ce document présente le Canada comme un marché stable et prévisible, prêt pour une croissance économique à long terme.

Le dossier de présentation évoque également les ambitions technologiques du Canada, avec 96 centres de données en cours de développement. Parmi les opportunités figurent un investissement en capital dans l’ordinateur quantique photonique de Xanadu, dont la commercialisation est prévue d’ici 2029-2030, un investissement en capital dans un campus de centres de données en Alberta, ainsi qu’un financement de projet pour un campus hyperscale axé sur l’intelligence artificielle au Nouveau-Brunswick.

Le projet Crawford Nickel, qui produira du nickel à faible empreinte carbone destiné aux batteries et à l’acier vert, figure également sur la liste.

Le prospectus répertorie également des projets d’infrastructure, généralement prisés par les fonds de pension et autres investisseurs à long terme, notamment un financement de 900 millions de dollars canadiens recherché pour un projet de capsule de transport à grande vitesse entre Calgary et Edmonton.

Les flux d’investissements directs étrangers au Canada sont en hausse constante depuis 2022, selon les données gouvernementales, avec une moyenne trimestrielle d’environ 23 milliards de dollars canadiens en 2024 et 2025, et 20 milliards de dollars canadiens depuis le début de l’année. Ces chiffres sont à comparer aux 16,3 milliards de dollars canadiens enregistrés en 2023 et aux 15 milliards de dollars canadiens de 2022.

Une grande partie des investissements entrants au Canada est liée à des fusions et acquisitions, comme l’acquisition de CI Financial par Mubadala Capital pour 12 milliards de dollars canadiens et le rachat d’Arcadium Lithium par la société minière anglo-australienne Rio Tinto, ou encore aux bénéfices réinvestis par des entreprises étrangères.


DYNAMISER LES IDE

Mais les investissements «greenfield», qui mesurent les dépenses étrangères consacrées à la construction de nouvelles usines et de nouveaux entrepôts, n’ont pas connu de hausse significative depuis l’entrée en fonction de Carney.

Doug Porter, économiste en chef chez BMO Capital Markets, a souligné qu’il est difficile d’attirer ce type d’investissements dans une économie mûre comme celle du Canada.

“Il sera fascinant de voir si ce sommet sur l’investissement parvient réellement à dynamiser les investissements directs étrangers,” a-t-il ajouté.

Les priorités du gouvernement Carney marquent une rupture avec celles de son prédécesseur, Justin Trudeau, un collègue libéral qui s’était davantage concentré sur les droits de l’homme, le changement climatique et les questions autochtones.

Carney a déclaré qu’il se réjouissait d’accueillir des investisseurs saoudiens lors du sommet et a renoué des liens avec l’Inde et la Chine.

Le secteur financier canadien, quant à lui, s’est engagé à débloquer des milliards de dollars pour les entreprises canadiennes.

Lundi, la deuxième plus grande banque du pays, TD TD.TO, a annoncé un engagement de 150 milliards de dollars canadiens sur cinq ans pour des prêts et le financement de projets dans les domaines de l’énergie, des minéraux et ressources stratégiques, de la défense et de l’aérospatiale, du numérique et de l’IA, ainsi que des infrastructures. La Banque Scotia a déclaré avoir engagé 100 milliards de dollars canadiens de financement pour soutenir le programme de croissance du Canada.

Le sommet a également suscité des manifestations organisées par une coalition de syndicats, de groupes autochtones, de défenseurs du logement et d’organisations de lutte contre le changement climatique et pour la paix, qui accusent certains participants de tirer profit de la spéculation immobilière, de l’expansion des énergies fossiles et des investissements liés à la défense au détriment des Canadiens ordinaires. Ils ont prévu une marche en soirée à Toronto lundi.

Nick Barry-Shaw, du groupe de défense Council of Canadians, a déclaré que ce rassemblement d’investisseurs mondiaux s’apparentait davantage à une initiative de privatisation qu’à un effort de construction nationale.

“Ce n’est pas un sommet sur l’investissement. C’est un sommet sur la privatisation,” a déclaré M. Barry-Shaw. “Ce n’est pas de la construction nationale. C’est la vente du pays.”

(1 $ = 1,3864 dollar canadien)

​

Capital Com est un prestataire de services d'exécution uniquement. Le présent contenu doit être considéré comme une communication marketing et ne doit pas être interprété comme une recherche ou un conseil en investissement. Toute opinion pouvant être fournie sur cette page ne constitue pas une recommandation de la part de Capital Com ou de ses agents. Nous ne garantissons ni ne déclarons l'exactitude ou l'exhaustivité des informations fournies sur cette page. Si vous vous fiez aux informations de cette page, vous le faites entièrement à vos propres risques