Pourquoi les réfrigérateurs des supermarchés européens sont des cibles faciles pour les pirates informatiques
BRUGES, BELGIQUE, 4 novembre (Reuters) - Les pirates informatiques qui ont fait grimper la température des réfrigérateurs dans des supermarchés à travers l'Europe pourraient avoir obtenu un accès via des systèmes connectés à internet accessibles au public et protégés par des mots de passe par défaut ou des logiciels obsolètes, a déclaré un expert en cybersécurité.
La deuxième cyberattaque en l'espace de trois semaines a visé des systèmes de réfrigération de chaînes de supermarchés, notamment Carrefour et Delhaize en Belgique, ainsi que ICA et Coop en Suède, contraignant les distributeurs à jeter des denrées et suscitant des inquiétudes en matière de sécurité alimentaire. Trois banques de sang en France ont également été touchées ce mercredi.
Les autorités n'ont pas révélé publiquement comment ont pu se produire ces cyberattaques et aucun auteur n’a été identifié.
Laurens Singier, chercheur au Cyber 3 Lab, qui fait partie de la Haute école Howest à Bruges, en Belgique, estime que les systèmes connectés à internet et accessibles à distance sont souvent insuffisamment protégés.
"Dans ce cas précis, le point faible résidait principalement dans le fait que ces appareils étaient connectés à l’internet public. Ils ne devraient même pas s'y trouver", a-t-il dit depuis un laboratoire équipé de serveurs et de systèmes similaires à ceux pouvant contrôler les réfrigérateurs des magasins.
Selon lui, un problème fréquent avec ce type de systèmes est que les opérateurs ne modifient pas les mots de passe par défaut définis par le fabricant, tandis que d'autres utilisent des versions anciennes de logiciels comportant des vulnérabilités connues.
L'intelligence artificielle facilite désormais également le travail des pirates amateurs, a ajouté Laurens Singier.
Les supermarchés ont indiqué mardi avoir déconnecté les réfrigérateurs piratés du réseau, conformément aux recommandations du fournisseur de logiciels de surveillance de réfrigération Danfoss, dont les systèmes figuraient de nouveau parmi les cibles. Danfoss a déclaré travailler avec ses clients sur des correctifs.
Laurens Singier a estimé que les distributeurs devraient vérifier qu'ils maîtrisent la manière dont ils se connectent à l'interface des magasins, renforcer leurs mots de passe et envisager de remplacer les systèmes connectés à internet par des solutions plus sécurisées utilisant des cartes SIM, comme celles employées pour les panneaux solaires et les bornes de recharge pour véhicules électriques.
"Après cette attaque, on a constaté une nette diminution du nombre de ces appareils accessibles au public sur Internet", a-t-il déclaré. "Mais quand on regarde les chiffres, il reste encore de nombreux équipements industriels exposés au public et, dans bien des cas, le boucher ou le chocolatier lui-même ne sait même pas que c'est le cas."