L'ascension de Revolut, devenue une rivale des grandes banques européennes, valorisée €103 mds

Par Reuters News

par Lawrence White et Elizabeth Howcroft

- La fintech britannique Revolut s'est hissée au rang de start-up la plus valorisée d'Europe, posant un défi pour les grandes banques classique au vu de sa croissance fulgurante en un peu plus de 10 années d'existence.

Pourtant, Revolut doit elle-même faire face à de nombreux obstacles : le chiffre d'affaires qu'elle génère par client ne représente qu'une fraction de celui de grands noms de la banque et son activité de crédit reste modeste par rapport à la moyenne du secteur.

n porte-parole de Revolut a déclaré dans un e-mail que la société londonienne se fondait sur un "modèle économique diversifié", tirant ses revenus de divers produits et services plutôt que du crédit.

"Cela signifie que notre croissance repose sur la création de services appréciés par nos clients, plutôt que sur les taux d'intérêt", a précisé le porte-parole.

Voici, en cinq graphiques, un résumé de la croissance de Revolut :

EN ROUTE VERS L'INTERNATIONAL

Le PDG Nik Storonsky a souligné qu'il souhaitait que Revolut devienne une entreprise véritablement mondiale, en se déployant dans des payus allant du Mexique à l'Australie.

La banque en ligne a annoncé l'obtention de plusieurs nouvelles licences ces dernières semaines, dans le but de devenir l'une des rares banques à disposer d'un réseau de détail couvrant une aussi grande partie du globe.

Dans le même temps, certains prêteurs traditionnels considérés comme mondiaux, notamment HSBC HSBA.L, réduisent leur présence dans le secteur de la banque de détail.

Revolut, qui n'est pas cotée en Bourse, est valorisée à 115 milliards de dollars (102,83 milliards d'euros). Elle aut désormais plus que la banque britannique Barclays BARC.L ou encore la française Société Générale SOGN.PA, les investisseurs pariant sur la capacité de sa plateforme technologique à conquérir davantage de clients à l'échelle mondiale.

Le bénéfice avant impôts de Revolut en 2025 est ressorti à 1,7 milliard de livres sterling (1,97 milliard d'euros), un chiffre en forte croissance mais encore loin des neuf milliards de livres dégagés par Barclays.

Paulo Macedo, PDG de la plus grande banque portugaise, la Caixa Geral de Depósitos, a déclaré en juin que 2025 serait la dernière année où cette banque, vieille de 150 ans, enregistrerait un bénéfice supérieur à celui de Revolut.

"Lorsque vous vous rendez en Europe, les PDG des banques y considèrent Revolut comme leur principale menace en raison de son marketing agressif et de sa croissance", a déclaré Cihan Duran, directeur chez S&P Global Ratings.

DES CONTRE-TEMPS

Aux États-Unis, où Revolut dispose d'une licence provisoire, la concurrence s'annonce plus rude, selon les investisseurs.

"Les États-Unis pourraient potentiellement représenter la plus forte croissance pour Revolut. Mais en même temps, c'est le marché le plus concurrentiel", a déclaré Konstantin Sidorov, PDG du London Technology Club, qui a investi dans Revolut à un moment où la banque en ligne était valorisée à seulement 5,5 milliards de dollars.

L'entreprise a connu des revers, comme cette amende en Lituanie pour ne pas avoir empêché le blanchiment d'argent. A ce sujet, Revolut a dit qu'une enquête n'avait identifié aucun cas avéré de blanchiment d’argent, ajoutant qu'elle avait conclu un accord avec la banque centrale et pris des mesures pour remédier à ses lacunes.

En septembre, Revolut a accidentellement transmis des données clients à des pirates informatiques se faisant passer pour des enquêteurs gouvernementaux. L'entreprise a précisé que ses systèmes et les fonds de ses clients n'avaient pas été affectés et qu'elle avait contacté le "nombre limité de personnes concernées" pour traiter leur cas.

En 2024 et 2025, Revolut a été la banque ayant fait l’objet du plus grand nombre de plaintes au Royaume-Uni dans des affaires de fraude où des clients ont été amenés par ruse à envoyer de l'argent à des escrocs, selon les données du médiateur compilées par l'association de défense des consommateurs Which ?.

Revolut a dit prendre la fraude très au sérieux et disposer de solides mesures de protection des clients.

LE NOMBRE DE CLIENTS A EXPLOSÉ

Le nombre de clients est la meilleure illustration de la vive croissance de Revolut.

En Irlande, par exemple, Revolut assure que 80% de la population adulte possède un compte Revolut.

Selon le site web de Revolut, la société compte 80 millions de clients, contre 84 millions pour JPMorgan JPM.N et 41 millions pour HSBC.

LE CHIFFRE D'AFFAIRES PAR CLIENT EST FAIBLE

Revolut tire de chacun de ses clients des revenus bien inférieurs à ceux des banques traditionnelles, comme le montre une analyse de ses chiffres réalisée par Reuters. Les soldes moyens des dépôts sont également bien inférieurs.

Ce faible chiffre d'affaires par client s'explique en partie par le fait que Revolut accorde beaucoup moins de prêts que les banques traditionnelles, préférant s'appuyer sur des commissions telles que les abonnements aux cartes.

Avec seulement 2,2 milliards de livres sterling de prêts à la fin de 2025, le ratio prêts/dépôts de Revolut, qui s’élève à 6%, est à comparer aux 55% de HSBC et aux 86% de la Société Générale.

Le développement de son activité de crédit entraînera des risques, notamment liés à la gestion d’expositions de crédit importantes et complexes, tandis que l’entrée sur des marchés hypothécaires locaux extrêmement concurrentiels ne sera pas aisée, ont déclaré des analystes et des investisseurs.

TROP PEU DE COMPTES PRINCIPAUX

Revolut a attiré des clients grâce à son application facile à utiliser, mais ses dirigeants reconnaissent que trop peu d'entre eux l’utilisent comme compte bancaire principal.

Revolut n’a pas souhaité préciser, dans ses derniers résultats, le nombre de clients ayant utilisé l’application comme compte bancaire principal en 2025, mais a indiqué que ce chiffre était en hausse de 45% par rapport à l’année précédente.

Cet indicateur est au cœur des préoccupations des principaux investisseurs de Revolut.

Alex Immerman, investisseur chez Andreessen Horowitz, également connu sous le nom de "a16z", a déclaré à Reuters que son entreprise surveillait de près l’adoption des comptes principaux, ainsi que le montant total des soldes des clients.